Pourquoi est-ce bien d’être influencé ?

Il n’est pas rare de piquer à ses proches des expressions ou des mimiques. On ne s’en rend pas nécessairement compte mais il y a toujours une personne extérieure pour nous le faire remarquer. Ce n’est jamais très agréable à entendre. Suis-je influençable ? Suis-je trop faible pour avoir mes propres expressions ? Ces questions sont légitimes et méritent une explication :

Un héritage historique : la révolution et Kant.

Si la notion d’influence s’oppose à la liberté, c’est certainement lié à notre histoire occidentale. Il suffit de remonter 300 ans en arrière pour comprendre que nos notions de liberté sont héritées du combat de l’ancien régime : l’autorité ecclésiastique. Lors de la révolution, il était nécessaire de penser par soi-même. Ne pas se référer au modèle philosophique, religieux ou politique dominant. Sinon c’était le risque de nourrir un autoritarisme inégalitaire.

C’est sur ces bases que l’idéal kantien d’autonomie a été construit. N’avoir aucune contrainte extérieure et avoir la capacité d’être soi-même, l’auteur de sa propre loi. Ce socle est déstabilisant pour tous ceux qui défendent le modèle communautaire, car pour s’assurer de ne pas être influencé, il est nécessaire de se protéger de ce qui est exogène. C’est dans mon individualisme que je construis un moi fort sur des bases solides. Je me concentre uniquement sur les “qualités primaires” des choses et non aux “qualités secondes” qui dépendent de mon appareil perceptif qui aurait pu être manipulé.

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Un socle commun qui influence notre existence.

Cette vision mérite d’être revisitée, car, vous me le concéderez, nos conditions ont pour le moins évolué. D’un raisonnement sur l’illégitimité de certaines autorités religieuses et politiques, nous passons à une réflexion sur l’illégitimité de l’autorité d’autrui en général. Dans notre société, les modèles dominants ne présentent plus un risque aussi fort tel qu’une monarchie. Pouvons-nous réellement empêcher les contraintes extérieures de nous influencer ? Que faites-vous de la loi de la gravité ? de la mort ?

Lorsqu’un nourrisson nait, les neuf mois dans le ventre de sa mère ont été une période où un premier bagage est livré. L’enfant nait avec l’influence de ses parents (l’émotion maternelle ressentie pendant la grossesse, l’alimentation, la musique écoutée, etc.).
Dès 6 mois, l’enfant est capable de pointer du doigt afin de partager son attention avec ses parents. Cette co-existence est une dimension fondamentale de notre être. Elle créé un monde commun basé sur des croyances communes et donne naissance aux fameuses communautés qui composent notre quotidien.

De la conscience d’être influencé.

Plutôt que de combattre la notion d’influence, je propose de la rendre lisible. En étant conscient d’être influencé, je fais preuve de recul et je mesure la subjectivité de chaque chose sans rentrer dans un dangereux déni.

Sans cette prise de conscience, je laisse des acteurs me donner l’impression d’être libre. Les Google, Netflix ou Facebook surfent sur cette apparente liberté. Liberté de choix, de conversation, de consommation. Pourtant, il suffit d’analyser leur fonctionnement à base d’algorithme pour comprendre que leur influence est omniprésente. En se comportant comme des architectes du choix, ils limitent ma liberté à une autonomie réduite.

Si j’intègre cette notion, je consomme leurs services en connaissance de cause. Mon attention est ainsi prévenue. Nous passons d’une personne qui a l’impression de naviguer librement sur internet à une personne qui a une pleine conscience de naviguer selon les critères d’une formule mathématique, elle même pensée par une entreprise nommée Google qui a ses propres intérêts.

Je préfère me savoir influencé par mes amis, un professeur, un parent et me pousser à analyser leur subjectivité que de repousser ces personnes pour rester autonome. En refusant de les écouter, je refuse aussi la richesse de leur savoir et de leur subjectivité.
Plus je me fais influencer, plus je nourris mon moi intérieur, plus je suis fort d’un savoir qui alimentera mes prochaines conversations et fera vivre des communautés.

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Fondateur de Now Social, je parle des communautés pour entreprendre différemment.